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Le ch'ti mi atterré

Paradoxes d’un sondage

26 Octobre 2015 , Rédigé par Rémi Matuszewski Publié dans #Politique régionale

Un sondage, comme un coup de tonnerre, m'a incité à quelques réflexions sur la campagne régionale :

  • 51 % des habitants de la future Région Nord-Picardie déclarent se prononcer en fonction d’enjeux régionaux… et 42 % s’apprêtent à voter au premier tour pour la candidate, la seule qui n’habite pas la Région, d’un parti, le Front National, qui n’a jusqu’à présent formulé aucune proposition sur les enjeux et les compétences de la Région, s’en tenant à des grandes déclarations sur l’état de la France et sur l’Europe.

C’est évidemment la conséquence du rôle des médias dans la campagne des régionales. 63 % des français s’informent grâce à la télévision, et sans préjudice du rôle de France 3 Nord Pas de Calais Picardie, c’est essentiellement le 20 h de TF1 ou de France 2 qui est la source d’information sur la politique. Un cadre peu propice à l’explication et au débat sur la stratégie économique du Conseil régional ou sur l’aménagement de son territoire…

43 % des personnes interrogées se disent satisfaites du bilan de la Région en Nord Pas de Calais, soit la moyenne nationale obtenue dans un territoire en crise où les motifs d’insatisfaction sont plus nombreux qu’ailleurs, et 35 % seulement, soit le plus faible taux au plan national, en Picardie, ce qui vient à nouveau illustrer le peu de consistance de la Région Picardie aux yeux de ses propres habitants et les difficultés de la fusion de régions in fine dissemblables.

Que faire ? Ancrer la campagne et les propositions dans le territoire régional, amener Marine Le Pen sur le terrain des choix de développement du Nord Pas de Calais et de la Picardie, défendre et illustrer un bilan satisfaisant même s’il est peu connu, notamment en matière de développement économique.

Souligner l’enjeu d’une consultation électorale donnera la première impulsion à une nouvelle Région de 6 millions d’habitants qui n’existe aujourd’hui que sur le papier et où tous les projets communs sont à construire.

Rappeler l’importance des politiques régionales : 3,2 milliards d’euros de budget pèsent plus que les 61 millions d’euros gérés par le FN à Hénin-Beaumont ! Le FN se présente comme un bon gestionnaire des deniers publics, mais la Région a besoin, plus que d’une politique purement gestionnaire, d’une vision et d’ambitions pour (continuer à) se construire, d’autant que la Région est la collectivité qui doit, par ses compétences de planification, éclairer l’avenir… Et que la « bonne gestion », si elle conduit à baisser les dépenses régionales, n’aura pas d’impact sur la feuille d’impôts des habitants, dans la mesure où la Région ne lève plus l’impôt, et aura un impact économique négatif sur l’économie régionale compte tenu des effets d’entraînement des dépenses régionales.

  • 39 % des électeurs de Sandrine Rousseau au 1er tour se reporteraient sur Pierre de Saintignon au 2e tour en cas de triangulaire, alors même que Sandrine Rousseau appartient depuis 2010 au même exécutif régional que le candidat du PS et que les Verts ont été très largement les inspirateurs de la politique régionale dans le mandat actuel. Seuls 41 % des électeurs de Fabien Roussel se reporteraient sur le candidat socialiste dans la même configuration.

Les appels au vote utile ou à l’unité (à l’instar du référendum sur l’unité organisé par le PS) sans évolution programmatique de fond se révèlent de plus en plus vains à mesure qu’ils se mettent en place.

Chez ces électeurs de gauche, c’est essentiellement la volonté de rompre avec la politique du PS au niveau national et de ne plus cautionner le renoncement aux promesses du président Hollande qui motive les choix pour l’élection régionale. Or, Pierre de Saintignon, allié fidèle de Martine Aubry depuis 25 ans, n’est pas plus qu’elle le représentant du courant social-libéral, même si l’opposition à la ligne Valls-Macron se fait mezzo voce…

Que faire ? Assumer plus ouvertement une ligne de critique constructive de la politique gouvernementale pour ne pas laisser seule Marine Le Pen s’ériger en candidate des classes populaires de la Région Nord Pas de Calais…

Y opposer la politique menée depuis 2010 dans la Région, marquée par l’interventionnisme économique, le maintien des investissements publics, une volonté de soutien mais aussi de régulation du développement économique (troisième révolution industrielle…), une vision durable du territoire (transformation écologique et sociale régionale ou développement du TER…).

  • Dans l’hypothèse d’un duel FN-droite républicaine, peu d’électeurs des listes de gauche au 1e tour se déplaceraient pour mettre un bulletin Xavier Bertrand dans l’urne : 20 % des électeurs communistes, 32 % des électeurs écologistes, 41 % des électeurs socialistes. Cette faiblesse du front républicain installerait Marine Le Pen à la tête de la Région !

Tout peut encore changer d’ici le 13 décembre, mais la campagne menée jusqu’ici par Xavier Bertrand incite moins au rassemblement républicain au second tour qu’elle n’est motivée par un « marquage à la culotte » du FN, qu’il s’agisse des prises de position du candidat de la droite sur l’immigration ou sur les allocataires du RSA… « Marquage à la culotte » dont les résultats du sondage montrent qu’il est vain !

Que faire ? Un retour de la campagne sur des sujets de politique régionale permettrait de montrer que gauche et droite républicaine se sont très souvent retrouvés sur les grands projets de développement de la Région pendant la mandature 2010-2015 en Nord Pas de Calais et pourraient naturellement continuer de le faire dans la prochaine mandature.

Et que, plus que par un système de répartition des postes et des avantages d’une « UMPS » dénoncée par Marine Le Pen, gauche et droite régionale sont unies par le souci commun du redéveloppement de la Région, aux côtés d’un patronat local traditionnellement investi dans les affaires de la cité, comme le montre le projet de « troisième révolution industrielle », co-porté par le Président de Région socialiste et Philippe Vasseur, président de la CCI de Région et ancien ministre du gouvernement Juppé….

Dans l’hypothèse d’un décrochage du candidat socialiste et d’un duel Marine Le Pen-Xavier Bertrand, il faudra bien convenir que la droite républicaine régionale est bien plus ancrée dans ce territoire et soucieuse de son devenir que Marine Le Pen, qui a passé la mandature 2010-2015 à vociférer ou à être retenue par d’autres engagements que son mandat régional !

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