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Le ch'ti mi atterré

Nord-Pas de Calais, Picardie : Quelles dynamiques communes ?

11 Décembre 2014 , Rédigé par Rémi Matuszewski Publié dans #Réforme territoriale

La pertinence d’un découpage territorial peut se juger au regard d’éléments identitaires ou historiques, mais elle doit également correspondre à un périmètre présentant des problématiques communes, et propice à la mise en œuvre des politiques publiques.

La Région Nord Pas de Calais est la deuxième région métropolitaine en termes de densité de population (plus de 320 habitants par km²), derrière l’Île de France. Elle s’inscrit dans un grand ensemble urbanisé au nord de l’Europe qui comprend le Sud de l’Angleterre, la Belgique, le Sud des Pays Bas et la Rhénanie du Nord.

L’actuelle Picardie se situe légèrement en deçà de la densité de population française (environ 100 habitants par km²).

Densité de population par arrondissements (France, Belgique, Allemagne), par districts (Luxembourg) et par COROP-regios (Pays-Bas)

Densité de population par arrondissements (France, Belgique, Allemagne), par districts (Luxembourg) et par COROP-regios (Pays-Bas)

Les territoires du Nord Pas de Calais et de la Picardie s’organisent de manière distincte. Aucune dynamique territoriale d’importance ne transcende la frontière régionale actuelle.

  • La métropole de Lille polarise la région Nord Pas de Calais. Cette tendance est confortée par l’émergence d’une « aire métropolitaine centrale », qui repose sur continuum bâti quasi continu entre la communauté urbaine de Lille et l’ancien bassin minier.

Cette attractivité de la métropole lilloise sur l’ensemble du territoire du Nord Pas de Calais est bien identifiée dans le cadre de l’étude réalisée sous l’égide de la DATAR sur les systèmes urbains français et leur métropolisation, basée sur l’analyse de plusieurs liens de dépendances entre aires urbaines (mobilités quotidiennes, mobilités résidentielles, relations économiques, réseaux de recherches…)

L’organisation des liens préférentiels entre aires urbaines hors Paris

L’organisation des liens préférentiels entre aires urbaines hors Paris

Il est en revanche loin d’être évident que le territoire d’une grande Région Nord-Picardie puisse être polarisé par la métropole lilloise, compte tenu de la proximité et des liens forts de la Picardie avec la région parisienne.

  • Le Nord Pas de Calais, région frontalière

La Région Nord Pas de Calais subit également, comme toutes les régions d'un pays centralisé, l'influence de la capitale, mais regarde également vers le Nord et l'Est dans une logique transfrontalière, qui n'est pas présente dans l'actuelle région Picardie.

Le Nord Pas de Calais partage 350 km de frontière avec deux régions belges, la Flandre et la Wallonie.

La dimension transfrontalière est donc particulièrement importante, qu’il s’agisse de l’attractivité de Bruxelles (deux fois plus près de Lille que Paris, en train comme en voiture), ou des relations de proximité. Cette dimension « se traduit à la fois par de nombreux espaces institutionnels de coopération transfrontalière et par une réalité quotidienne pour une part de plus en plus importante de la population régionale. Ainsi, le nombre de résidents français travaillant en Belgique a été multiplié par trois en dix ans et ce phénomène pourrait potentiellement s’accentuer au regard de la pénurie de main d’œuvre sur le marché du travail flamand. »

Source : SRADDT Nord Pas de Calais

Source : SRADDT Nord Pas de Calais

Le Calaisis, terre historiquement anglaise, bénéficie (mais pâtit également !) aujourd'hui de sa proximité avec l'Angleterre.

Cette dimension transfrontalière se traduit notamment au travers de la désignation de la Région Nord Pas de Calais comme autorité de gestion du programme Interreg IV A « Deux mers » (Manche-Mer du Nord) et du programme Interreg IV B « Europe du Nord-Ouest », concernant 9 pays.

  • Les autres dynamiques à l’œuvre en Nord-Pas de Calais

- L'ancien bassin minier, territoire présentant de multiples problématiques, et qui constitue un cordon urbain qui s’étend sur une centaine de kilomètres de longueur, et représente plus d’un million d’habitants. Il s’est récemment structuré autour de projets communs avec un portage souple par une association loi 1901, la « Mission bassin minier ». Cette structure a notamment porté le projet de reconnaissance du patrimoine minier dans le cadre de l’UNESCO, elle joue un rôle de conseil et d’études auprès de l’ensemble des collectivités du bassin. La Région Nord Pas de Calais a porté fortement les logiques de métropolisation du territoire, avec notamment le financement d’équipements à vocation régionale et nationale tels que le Louvre-Lens ou le stade couvert de Liévin.

- La Côte d'Opale : La Région Nord Pas de Calais est également une région maritime importante. Trois villes-ports, Calais, le premier port français de voyageurs, Boulogne-sur-Mer, le premier port français de pêche et Dunkerque, 3e port de commerce français, bordant un des premiers rails maritimes de la planète, se sont réunies au sein d’un pôle métropolitain depuis 1996 (syndicat mixte de la côte d’Opale), qui représente près d’un million d’habitants. Les principaux enjeux en sont le développement économique et portuaire, la gestion du trait de côte, le développement des fonctions métropolitaines. Le territoire dispose d’une université multisites, l’Université du littoral de la côte d’Opale (ULCO). La Région Nord Pas de Calais contribue à cette dynamique territoriale, notamment en qualité de gestionnaire des ports de Calais et de Boulogne. La Côte picarde pourrait avoir avantage à rejoindre cette dynamique, partageant notamment un enjeu de mise en valeur touristique, même si elle regarde plutôt aujourd'hui vers la Haute-Normandie.

- Le Hainaut-Cambrésis : Ce pôle, en cours de structuration, permettrait de renforcer les collaborations entre les trois agglomérations de Valenciennes, de Cambrai et du Val de Sambre (Maubeuge). Fédérant un territoire de plus de 500 000 habitants, ce territoire dispose d’une université commune (l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis – UVHC) et d’une chambre de commerce commune (CCI Grand Hainaut). Des dynamiques de métropolisation autour de Valenciennes sont à l’œuvre.

  • Les dynamiques de la Région Picardie

La Picardie, « région de passage », « prise en tenaille entre deux régions puissantes » est caractérisée par un « semis de petites villes et de villes moyennes ». « Hormis Amiens, capitale régionale, 11 villes moyennes structurent la Picardie mais subissent l’influence grandissante de pôles extérieurs (Paris, Reims...). »

- Le seul pôle interne à la Région est la métropole amiénoise, qui polarise essentiellement la Somme.

- La Région subit fortement l'influence de l'Île de France : « L’influence francilienne demeure l’influence la plus forte. Elle ne cesse de croître, se manifestant de façon directe dans le Sud de la Picardie et sur Amiens. Cette influence francilienne a évolué entre 1999 et 2005 : alors que le nombre d’actifs picards travaillant à Paris a diminué de 4%, le nombre d’actifs picards travaillant dans le Val d’Oise et la Seine-Saint-Denis a fait un bond de 22%, témoignant de l’attractivité croissante du pôle de Roissy. » Le Sud de l'Oise appartient d'ailleurs à une zone d'emplois interrégionale centrée sur Roissy.

La Région Picardie participe à une conférence permanente des présidents de Région du Bassin parisien depuis 2008.

- Elle subit également l'influence rémoise : « L’influence rémoise se développe également, notamment sur le Laonnois et sur le Sud de l’Aisne. Le nombre d’actifs de l’Aisne travaillant dans la Marne a augmenté de 74% entre 1999 et 2005. »

Cette proximité a conduit les trois intercommunalités de Laon, Soissons et Château-Thierry à rejoindre le G10, pôle métropolitain en construction autour de Reims.

« L’influence du Nord-Pas de Calais est encore réduite comparée aux précédentes. »

Les seuls liens concernent les secteurs limitrophes, à l'exemple de la Thiérache autour des villes de Fourmies et d'Hirson.

Il en va de même pour l’influence de la Haute-Normandie. Sur ce dernier point, il faut néanmoins mentionner l’existence d’une agglomération interrégionale, Le Tréport-Mers les Bains, et d’une Chambre de commerce elle aussi à cheval entre la Picardie et la Haute-Normandie.

Pôles métropolitains et dynamiques territoriales

Pôles métropolitains et dynamiques territoriales

La juxtaposition des deux régions, basée sur la proximité géographique et, en partie, culturelle, ne peut donc pas s'appuyer aujourd'hui sur des dynamiques communes préexistantes.

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