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Le ch'ti mi atterré

Il n'y a pas de taille "standard" des régions en Europe

25 Novembre 2014 , Rédigé par Rémi Matuszewski Publié dans #Réforme territoriale

Le premier argument avancé pour regrouper des Régions françaises ne tient pas, pour peu qu’on se donne la peine de regarder les autres pays européens.

Le Royaume-Uni, pays comparable à la France en termes de population et de puissance économique, n’est pas organisé sur une base régionale en dehors des cas spécifiques de l’Ecosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord.

L’Italie et l’Espagne ont des Régions et communautés autonomes comparables aux Régions françaises en termes de poids démographique moyen : 3 millions d’habitants en Italie (pourquoi le gouvernement a-t-il systématiquement exclu les régions à statut spécifique italiennes dans les chiffres moyens de population qu'il avançait ?), 2,8 millions en Espagne, 2,9 millions en France.

L’Allemagne a des Länder plus peuplés que les régions françaises, avec en moyenne 5,1 millions d’habitant par Land, cette moyenne étant tirée vers le haut par la Rhénanie du Nord-Wesphalie (17 millions d’habitants, qui comprend notamment la région industrielle de la Ruhr) et la Bavière (12 millions d’habitants et ses deux métropoles de Munich et Nuremberg).

D’autres pays ont des organisations territoriales avec des « régions », la plupart du temps de taille inférieure aux régions françaises, italiennes et espagnoles.

  • La Pologne, qui a mis en place la régionalisation en 1999, a des régions de 2,4 millions d’habitants en moyenne,
  • Le Danemark, dont les Régions ont été mises en place en 2007, 1,1 million,
  • Le Portugal, dont les régions (hors les îles de Madère et des Açores) ne sont pas des collectivités territoriales suite à l’échec du référendum sur la régionalisation en 1998, 1,5 million,
  • La Belgique, Etat fédéral depuis 1993, a des régions de 3,7 millions d’habitants en moyenne.

Cette approche par les moyennes masque une grande diversité entre les collectivités territoriales des différents pays : de 1 à 27 entre le Land de Brème et le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie en Allemagne, de 1 à 26 en Espagne entre La Rioja et l’Andalousie, de 1 à 38 entre la Corse et l’Ile de France[1]… mais de 1 à 77 entre le Val d’Aoste et la Lombardie en Italie.

Les mêmes divergences sont observables quant au poids économique :

  • De 27 Mds€ pour le Land de Brème à 576 pour le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie en Allemagne,
  • De 4 Mds€ pour le Val d’Aoste à 337 pour la Lombardie en Italie,
  • De 8 Mds€ pour La Rioja à 194 pour la Catalogne en Espagne et
  • De 8 Mds€ pour la Corse à 609 pour l’Ile de France[2].

De ce point de vue, la taille n’est qu’un des aspects de la performance économique.

Parmi les facteurs de performance d’un territoire, on peut également citer :

  • Son positionnement géographique, avec notamment sa proximité des marchés et des grands bassins de population,
  • La qualité des infrastructures : le Land de Hambourg, en Allemagne, Cité-Etat moins peuplée que l’Alsace ou la Haute-Normandie, peut s’appuyer sur un des premiers ports d’Europe et dégager un PIB équivalent à celui des Pays de Loire,
  • Le rapport entre la qualité et le coût des ressources humaines (de ce point de vue, l’implication plus forte des régions dans l’offre de formations professionnelles leur fournit depuis la loi Peillon un nouveau levier d’intervention, après celui de l’apprentissage et de la formation permanente),
  • La qualité de la gouvernance entendue comme la capacité qu'ont les acteurs d’une région à s’accorder sur la vision du développement à long terme du territoire,
  • La disponibilité des capitaux : de ce point de vue, le rôle des banques publiques locales que sont en Allemagne les Kreissparkassen[3], à l’échelle d’une ville ou d’un arrondissement, est jugé déterminant dans l’accès aux financements du tissu économique allemand,
  • L’existence de réseaux d’entreprises (clusters), liés aux structures de recherche et d’enseignement, et le soutien apporté par les autorités publiques à ces réseaux,
  • La qualité de la vie et les ressources culturelles ou naturelles, et leur perception (existence d’une « marque » territoriale), facteurs d’attractivité du territoire,
  • Un rôle facilitateur des pouvoirs publics.

Aucun de ces huit facteurs ne nécessite de manière évidente des régions de grande taille.

En termes de résultats, il n’apparaît pas de corrélation nette entre taille et performance économique :

Le Pays Basque espagnol (2,1 millions d’habitants) ou le Val d’Aoste en Italie (128 000 habitants), dégagent un PIB par habitant parmi les plus élevés des régions de ces deux pays. A l’inverse, la Campanie, deuxième région italienne en termes de population, a le plus faible PIB par habitant et l’Andalousie, région espagnole la plus peuplée, a un PIB par habitant parmi les plus faibles du pays.

Les taux de chômage[4] les plus faibles se rencontrent parfois dans des régions de taille modeste : en France dans la Région Limousin (6,9 %, 741 000 habitants), en Italie dans la Région Trentin-Haut Adige (moins de 6 %, 1 million d’habitants). A l’inverse, la Campanie, deuxième région italienne en termes de population, a un des taux de chômage les plus élevés (21,5 %) et l’Andalousie, région espagnole la plus peuplée, a le taux de chômage le plus élevé d’Espagne (36,2 %).

La principale différence de poids économique entre les Régions françaises et leurs homologues des trois grands pays qui nous entourent repose sur leur capacité d’intervention financière et leur poids dans les politiques de développement économique menées.

Midi-Pyrénées dispose d’un budget d’intervention d’environ 1 milliard d’euros pour 2,9 millions d’habitants (3,5 milliards si l’on agrège les budgets des Départements qui composent la région). Le Schleswig-Holstein, gère, pour une population identique un budget de plus de 9 milliards d’euros.

L’ARF pointe notamment la très grande différence entre la France et l’Allemagne concernant le soutien à l’innovation : « Les Länder ont injecté 9,7 Milliards d’euros en 2010 dans le soutien à l’innovation et à la recherche contre 900 millions d’euros au sens large pour les Régions françaises, soit 10 fois plus. En termes de performance de l’action publique, seulement 11% des PME françaises bénéficient d’un financement public au titre de la R&D contre 18% des PME allemandes. »

[1] Rapport qui n’est du reste pas modifié par la « réforme territoriale » puisque la Corse reste une île…

[2] Chiffres Eurostat, 2011

[3] Cf. L'Allemagne: une réussite économique, à quel prix?, Sénat, Commission des affaires économiques, 4 juillet 2012

[4] Chiffres Eurostat, 2013

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